Meet Fatchima Elise Hassane Paraiso, Minister of Investments

Meet Fatchima Elise Hassane Paraiso, Minister of Investments

Mme la Ministre des investissements, pourriez-vous vous présenter à nous ?
Je réponds au nom de Fatchima Elise Hassane Paraiso. Titulaire d’un DAP en transit douane, d’un BTS et d’une licence en transport logistique, et d’un master en marketing logistique.
Nigérienne de Zinder, je porte en moi plusieurs traits historiques de ma région qui a marqué l’histoire du Sahel :
▪ Je suis musulmane pratiquante, Zinder a toujours été une forteresse de la foi musulmane. Attention, notre islam a toujours été tolérant, ouvert, pacifique. En fait nous avons connu dans cette partie du monde des extrémistes et des djihadistes bien avant l’Europe, et bien avant nombre de pays arabes eux-mêmes, car l’islam est arrivé très tôt dans cette partie du monde et a été traversé de courants divers dès ses premiers siècles. On ignore souvent qu’il y a eu des écoles théologiques très influentes en Afrique médiévale, et dont la science était reconnue jusque dans les villes saintes d’Arabie. Savez-vous qu’aujourd’hui encore un des grands relais de l’Université d’Al Azhar se trouve au Niger, c’est le village couvert de mosquées de Kiota, près de Dosso, sur la route reliant Niamey à Zinder.
Le Sultanat de Zinder, dit aussi Sultanat de Damagaran, s’est construit en partie en recueillant les réfugiés des guerres religieuses lancées plus au sud. Nous avons cette tradition d’accueil. Cela continue aujourd’hui puisque nos régions de Zinder et de Diffa accueillent des centaines de milliers de réfugiés de la guerre lancée par les extrémistes de Boko Haram qui défigurent l’Islam en se revendiquant de l’Islam et du Prophète, mais qui en réalité tuent, pillent et prennent des otages, y compris des enfants et des femmes dont plusieurs forcer à un prétendu mariage avec des membres de leur secte. Nous sommes un des pays au monde qui recueillent le plus de réfugiés par rapport au nombre d’habitants du pays.
▪ Je suis d’une famille à plusieurs cultures, comme toutes les familles nigériennes, car au Niger les familles sont mélangées et c’est un grand atout du pays où nous avons dépassé les divisions ethniques. Mon père est de Tahoua, dans le Nord du Niger, venu d’une famille Touarègue du côté de sa mère et du côté de son père d’une famille mélangeant des portugais et des béninois : d’où mon nom portugais de Paraiso. Pour sa part ma mère a ses racines au Nigeria et à Zinder même, où je suis née. Nous avons été élevés dans les langues haoussa et française, le français étant la langue officielle du Niger. Physiquement, mystère biologique, mon apparence est dominée par ma lointaine partie touarègue.
▪ Je suis une fille active et engagée socialement. Les femmes de chez nous n’ont jamais été passives. Une femme, Sarraounia Mangou, a été le symbole de la résistance au colonisateur français dans l’ouest nigérien. Dès mon plus jeune âge je me suis engagé dans la vie associative. A peine sortie de l’adolescence et déjà bien connue dans le monde naissant des réseaux sociaux d’Afrique, j’ai été élue présidente de l’association des jeunes blogueurs du Niger. J’ai pris aussi d’autres responsabilités dans d’autres associations. A ce titre j’ai souvent été invitée comme jeune leader dans les Universités, au centre culturel franco-nigérien et au centre culturel américain de Niamey. Petit à petit je me suis ainsi fait connaître dans la communauté diplomatique. Comme je ressentais de plus en plus la nécessité d’apprendre l’anglais pour mieux communiquer avec des associations comparables aux nôtres du monde anglophone, je m’apprêtais à partir au Ghana pour apprendre leur langue quand cette proposition alternative est venue de l’ambassade du Pakistan. Le Pakistan est engagé dans une nouvelle politique africaine, sous le nom de « Engage Africa », et cherche à attirer les meilleurs étudiants pour accroître ses échanges avec l’Afrique.

Je suis allée au Pakistan, envoyée par l’ambassade du Pakistan au Niger, pour apprendre la langue anglaise. C’était dans les derniers jours de novembre dernier(2019). Ainsi, je ne maîtrise pas encore assez la langue de Shakespeare pour passer cette interview en anglais. Je choisis donc le français, comme vous m’en offrez aussi la possibilité. Je crois que dans l’avenir comme dans le présent, français et anglais seront les deux langues de travail habituelles inter-africaines (ce sont aussi les deux langues de travail des Nations-Unies, parmi les six langues officielles de l’ONU) même s’il faut aussi compter avec les autres langues officielles de l’Union africaine : l’espagnol, le portugais, l’arabe, le kiswahili (article 11 du Protocole sur les amendements à l’Acte constitutif de l’Union africaine).
Ceci est un héritage de l’histoire et de la colonisation en particulier. Mais je veux me battre aussi pour que d’autres langues africaines émergent en tant que langues de travail, sinon continentales, en tout cas comme langues de régions africaines. Par exemple au Niger nous avons des langues qui sont transfrontalières. Je suis de Zinder, capitale historique du prestigieux Sultanat de Damagaran, dont la langue officielle est le Haoussa, qui est aussi une langue parlée dans le nord du Nigéria, et qui fut avant le XXème siècle, la langue officielle de sept royaumes africains. Et notre Sultanat, fondé au huitième siècle, a d’abord été un vassal du vieil empire de Borno-Kanem, où la belle langue Kanurie était celle de la Cour de l’émir, connu sous le nom de Shehu. Ce vieil et magnifique empire a commencé sa carrière au 8ème siècle et n’a disparu qu’à la fin du 19ème siècle, envahi par une armée venue du Soudan. Le Kanuri était et reste la langue dominante autour du mythique Lac Tchad, lac aujourd’hui partagé entre quatre Etats (Nigéria, Cameroun, Tchad, Niger). Nous devons nous battre pour conserver l’usage vernaculaire mais aussi professionnel de ces langues qui portent une grande histoire, trop souvent oubliée.
Dans l’avenir, je crois, tout africain devra parler au moins quatre langues : au moins deux des langues officielles de l’Union africaine, dont au moins une des deux langues de travail de l’ONU – et si possible les deux – plus deux des langues parlées dans son pays. A part le Rwanda et le Burundi qui ont depuis toujours une seule langue nationale, je crois que tous les pays d’Afrique ont plusieurs langues nationales. Ce ne sera pas facile de parler toutes ces langues, mais c’est possible. Il faut transformer le handicap de la division linguistique en un atout. Rien n’impressionne plus dans les conférences internationales que les orateurs ou les diplomates qui maîtrisent plusieurs langues.

Entrée du Palais du Sultan à Zinder, ma ville, mon âme. Aujourd’hui le Sultan de Zinder existe toujours mais il est subordonné au Gouverneur. Son autorité morale reste pourtant immense. Son nom est Son Altesse Alhadj Aboubacar Sanda Oumarou.

Quel est vôtre personnage préféré ou héros préféré de l’histoire panafricaine et pourquoi ?
Nelson Mandela. C’est une réponse classique mais elle n’en est pas moins bonne. Il y a d’autres figures bien sûr du panafricanisme. Proches du Niger il y a ainsi Nkrumah, le premier président du Ghana, ou Kadhafi qui a été dans la dernière partie de sa vie un militant du panafricanisme. Il y a bien sûr Thomas Sankara qui a tant marqué notre voisin le Burkina- Faso. Fidel Castro, quand il a envoyé son armée en Angola contre l’invasion sud-africaine, est devenu un héros panafricain.
Mais Mandela est une figure avec laquelle j’ai grandi : il portait la lutte contre l’apartheid et aussi la vision réconciliatrice qui a permis une évolution pacifique de l’Afrique du sud. C’est un modèle pour toute l’humanité.
Je voudrais dire ici que les présidents du Niger ont tous été des panafricains. Ils ont tous mis la solidarité panafricaine avant toute autres considération même quand c’était mal vu de la France, qui est notre ancien colonisateur et qui garde beaucoup d’influence dans toute l’Afrique sahélienne. Nous avons accueilli au Niger beaucoup de combattants de la liberté d’Algérie. Le président Bouteflika, quand il était un jeune cadre de la lutte de libération algérienne, s’était caché à Tahoua, la ville d’origine de mon père. Plus tard le Niger a été solidaire du Nigéria pendant la guerre civile du Biafra, au nom du panafricanisme. Aujourd’hui notre président Issoufou Mahamadou, est reconnu comme un grand panafricain par ses pairs, il préside la CEDEAO, il travaille à la création d’une monnaie panafricaine. En même temps il a pris soin de garder des bonnes relations avec la France qui nous aide dans la défense des frontières contre les extrémistes qui nous attaquent depuis le Mali (Al Qaïda et Etat islamique) ou depuis le Nigéria (Boko Haram).
– Compte tenu des innovations technologiques et des politiques d’investissement en Afrique, comment voyez-vous l’avenir de l’Afrique et de la Diaspora ?
Je crois que l’économie est la clef de notre émancipation africaine. L’indépendance politique ne voudra jamais dire l’indépendance réelle tant que nous n’aurons pas une économie solide, autonome et innovante.
Partout en Afrique il y a de jeunes talents qui inventent de nouveaux services, de nouvelles technologies, des structures aussi. Regardez dans la lutte contre le COVID-19 : nous résistons bien en nous appuyant sur toutes les structures médicales créées dans la lutte contre Ebola ou contre la malaria. Ce sont des structures peu équipées, simples, rustiques même, mais elles peuvent suivre la population, être des relais d’information, donner les premiers soins. Et nous avons aussi nos recherches à partir de la médecine traditionnelle contre le covid-19.
Mais ce qu’il nous faut avant tout ce sont de grands projets économiques, des infrastructures, des routes, des chemins de fer, des aéroports, des industries, de l’énergie. Nous avons un formidable retard mais nous avançons. Niamey notre capitale s’est transformée ces dernières années, c’est un bon exemple. Il y a aussi des pièges que nous devons éviter, par exemple celui de la rente pétrolière qui fait autant de mal que de bien dans le Nigéria voisin. Nous devons compter sur du travail et des innovations, pas sur des rentes et des ressources naturelles qui font de nous des proies plutôt que des acteurs du développement.

–Que comptez-vous faire dans l’avenir pour l’Etat de la Diaspora africaine ?

Je découvre l’Etat de la Diaspora africaine. Je suis toute entière investie dans la cause de l’Afrique et dans la cause de la femme africaine. C’est ce qui me fait vivre. A Niamey je servais la cause africaine, au Pakistan je sers la cause africaine. Puisque l’Etat de la diaspora africaine me fait confiance et m’investit d’un titre prestigieux, cela veut dire que l’Etat de la diaspora africaine compte sur les jeunes talents, et les jeunes audacieux, comme moi franchissent les mers pour découvrir des terres nouvelles, mais sans oublier la mère-patrie Afrique.
Je me retrouve dans les valeurs de l’Etat de la Diaspora Africaine, et je souhaite qu’il mette l’accent sur le rôle de la femme dans l’émergence de l’Afrique.
Je souhaite apporter à l’Etat de la diaspora africaine ce que je sais le mieux faire : créer des réseaux, agiter les réseaux sociaux, pousser à l’investissement économique, autonome et innovant. Je suis prête à organiser un forum sur l’investissement au Niger en me servant de mes contacts au Pakistan qui ont envie d’investir en Afrique, dans le cadre de « Engage Africa ». Et ceci en me servant de la légitimité que me donnent chez les Africains d’outre-mer, où se trouvent de nombreux investisseurs potentiels, mon appartenance et mon nouveau titre dans l’Etat de la diaspora, sous l’autorité de son premier ministre.

Fatchima Elise Hassane Paraiso.
Ministre des investissements de l’État de la Diaspora Africaine
Ambassadrice “Engage Africa “